Le SIARCE

CONSULTATION PUBLIQUE - Stratégie de renaturation de la rivière Essonne et de ses afluents sur le territoire du SIARCE - Bilan et perspectives

Ce point traite des actions réalisées par le SIARCE depuis 2011 en termes de renaturation de cours d’eau, et propose des orientations en termes d’aménagement et de gestion pour les années à venir.

Des rivières en bon état pour une eau de bonne qualité

Au-delà des efforts à poursuivre dans la lutte contre les sources de pollution, le bon état des masses d’eau, objectif prioritaire fixé par la Directive Cadre sur l’Eau (DCE, 2000), ne peut être atteint sans une restauration en profondeur des milieux aquatiques altérés. En effet, les écosystèmes aquatiques contribuent pleinement à l’épuration des eaux. On parle à ce propos « d’autoépuration ». Pour ce faire, il est essentiel d’assurer aux organismes aquatiques les conditions de vie nécessaires à l’accomplissement de l’ensemble des étapes de leur cycle de vie. Dans ce contexte, les enjeux liés aux continuités écologiques (c’est-à-dire l’accessibilité des êtres vivants à leurs différents habitats) et ceux liés à la dynamique hydromorphologique (c’est-à-dire la manière dont l’énergie provenant de l’écoulement de l’eau va être génératrice d’habitats) sont primordiaux. De fait, sur les cours d’eau artificialisés, les travaux portants sur les continuités et l’hydromorphologie sont de puissants leviers d’action pour améliorer la qualité de l’eau.

En France, près de 30% de l’eau potable provient des eaux de surfaces (rivières, fleuves, lacs) : la qualité de ces eaux détermine directement la complexité des processus de potabilisation, et donc les coûts.

La réglementation française a précisé ses exigences en matière de renaturation des cours d’eau. En particulier, elle a défini dans la Loi sur l’Eau et les Milieux Aquatiques (LEMA, 2006) un cadre permettant aux gestionnaires et à l’administration de s’accorder sur les méthodes pour la protection des fonctionnalités écologiques, la mise en œuvre d’actions de restauration et les moyens d’évaluation.

A l’instar de tous les gestionnaires de cours d’eau, le SIARCE s’est engagé dans une démarche de renaturation de la rivière Essonne et de ses petits affluents, sur les portions présentant des dysfonctionnements d’ordre écologique et/ou hydromorphologique.


Vocabulaire

Dans la littérature spécialisée, on peut voir apparaitre différents termes qui ne regroupent pas toujours les mêmes concepts.
Retenons simplement la définition suivante :

Renaturation =
Rétablissement des continuités écologiques + Restauration de la dynamique hydromorphologique

Les continuités écologiques correspondent aux connections entre les habitats et à leur accessibilité à un territoire donné, pour une espèce, un groupe d’espèce ou l’ensemble des êtres vivants de l’écosystème considéré.

L’hydromorphologie se réfère aux capacités d’un cours d’eau à ajuster son lit en fonction de la puissance de ses écoulements et des matériaux sédimentaires qu’il charrie. La dynamique hydromorphologique est à la base de la formation des habitats dans un cours d’eau. Sur un cours d’eau naturel, cette dynamique tend vers un équilibre par l’alternance de mécanismes d’érosion et de dépôt. Autrement dit, une rivière dynamique et « vivante » fait et défait en permanence.

Une étude préalable globale pour faire un état des lieux à l’échelle du territoire et fixer des objectifs à court, moyen et long termes

Entre 2011 et 2013, le syndicat a réalisé une étude globale, à l’échelle de son territoire de compétence, dans le but d’établir un état des lieux et de définir un programme d’actions cohérent au regard des objectifs et des enjeux identifiés en matière de renaturation de cours d’eau.

La première partie de l’étude, le diagnostic, a permis d’établir le constat suivant :

• L’axe principal de la vallée, la rivière Essonne, est un cours d’eau très artificialisé. Les aménagements dont il a fait l’objet au cours des siècles (linéarisation, surcreusement, calibration et détournement du lit, stabilisation des berges) l’ont éloigné de son profil d’équilibre hydromorphologique. Cela se traduit par un certain nombre de dysfonctionnements : homogénéisation des fonds, envasement, cloisonnement des tronçons, absence de sollicitation du lit majeur en situation de hautes eaux. Le milieu est tellement modifié qu’il est parfois difficile sur certains secteurs de définir un état de référence pour fixer les objectifs de renaturation ;

• D’autres actions, davantage liés à la gestion, contribuent à perturber le bon fonctionnement des cours d’eau du territoire. En particulier, la régulation des niveaux d’eau à une cote constante, obtenue par la présence d’ouvrages hydrauliques qui jalonnent la rivière Essonne, perturbe fortement l’hydromorphologie. Tandis que les niveaux devraient varier selon les fluctuations saisonnières des débits, ils restent dramatiquement constants. Par ailleurs, les pratiques historiques d’entretien, notamment le faucardage et le retrait systématique des embâcles, empêchent la rivière de « cicatriser » et appauvrissent le milieu ;

• La rivière étant naturellement de faible puissance, il arrive qu’elle peine à cicatriser lorsqu’elle a subi des modifications trop importantes ;

• Enfin, il est extrêmement difficile pour les acteurs locaux (élus, riverains, gestionnaires, usagers) de changer de paradigme et d’envisager l’idée que la rivière ait besoin de plus de « liberté » pour retrouver un niveau qualitatif acceptable sur les plans biologiques et physico-chimiques.

Les ouvrages hydrauliques
On oppose souvent à la démarche actuelle de renaturation de la rivière Essonne, les aménagements passés réalisés par le Syndicat.

Jusqu’au début des années 2000, la plupart des ouvrages hydrauliques appartenaient à des propriétaires privés, qui portaient la responsabilité de leurs manœuvres, notamment vis-à-vis du risque inondation. En effet, les ouvrages en travers d’un cours d’eau sont un facteur aggravant d’inondation et doivent être rendus le plus transparents possible lors du passage d’une crue. Ainsi, lorsqu’une crue survient, on les ouvre entièrement.
Installés en générale pour alimenter des roues de moulins, la majorité des ouvrages hydrauliques de la rivière Essonne n’étaient plus utilisés depuis longtemps pour exploiter la force hydraulique et présentaient des signes inquiétants de vétusté.
Afin de garantir à la population un niveau de sécurité optimal face aux risques d’inondation, le SIARCE s’est à l’époque proposé d’assurer la gestion de ces ouvrages au titre de l’Intérêt Général. C’est ainsi qu’il a repris la gestion d’une trentaine d’ouvrages, les a réhabilités, motorisés et rendus télégérables. Cela permettait notamment d’optimiser la coordination des ouvertures d’ouvrages lors du passage d’une onde de crue. Il n’était alors pas dans les esprits de remettre en question la présence de ces ouvrages, les enjeux de l’époque étant alors essentiellement centrés sur des appréciations de capacités hydrauliques du lit mineur à faire couler l’eau, telle un drain.

Cependant, compte-tenu de l’absence d’usage, de leur impact négatif sur le fonctionnement et l’écologie de la rivière, de leur coût de fonctionnement et du risque de surinondation qu’ils génèrent, il n’y a pas lieu de les maintenir sur le long terme dans leur configuration actuelle.

En l’occurrence, il s’agit d’adapter l’existant aux nouveaux enjeux. Ainsi par exemple dans le cas du barrage Trousseau qui fut acquis par le Syndicat et réhabilité au début des années 2000, les aménagements prévoient d’une part de retirer le clapet, la passe à poissons et la passe à canoës kayak et d’autre part de maintenir la passerelle, le parement en berges et la station de suivi des niveaux. Autrement dit, le site hydraulique ne disparaît pas mais se sépare logiquement de sa fonction de régulation devenue inutile et coûteuse.

La seconde partie de l’étude visait à étudier différents scénarios de renaturation, du plus simple au plus complexe, du plus basique à l’optimal, et de retenir pour chaque secteur, un scénario d’aménagement à terme.
De manière générale, on retiendra que l’étude globale fixe des objectifs ambitieux de renaturation, en prévoyant la suppression des équipements sur une majorité de sites hydrauliques et, le cas échéant, de remettre totalement ou partiellement la rivière dans son lit d’origine lorsqu’elle a été dérivée. On retiendra également que les secteurs désignés comme prioritaires se situent sur la Haute et Moyenne vallée de l’Essonne.

Des opérations pilotes pour (re)découvrir un visage plus naturel de la rivière

En parallèle du travail de diagnostic précédemment évoqué, le syndicat a réalisé des opérations pilotes de renaturation. Les objectifs de ces opérations étaient d’une part d’observer la manière dont la rivière cicatrisait, et d’autre part de tester des techniques nouvelles de renaturation.

Ainsi, le barrage Trousseau, appartenant au Syndicat et situé en moyenne vallée sur les communes de Buno-Bonnevaux et Gironville-sur-Essonne, a été totalement ouvert en 2012, laissant la rivière s’écouler librement. Faisant l’objet d’un suivi scientifique particulièrement élaboré, l’opération a permis de mettre en évidence plusieurs
points :
• Bien que la rivière soit de faible puissance, les mécanismes hydromorphologiques s’expriment bien dès lors que les écoulements sont libres, et la dynamique de cicatrisation porte ses fruits dès la première année ;

• Les réajustements hydromorphologiques observés sur le tronçon permettent d’établir des critères pour définir un état de référence applicables à d’autres projets de renaturation sur la moyenne vallée ;

• Dès la première année, une nette amélioration des paramètres biologiques est observable ;

Le Syndicat a également testé des techniques émergentes en matière de renaturation de cours d’eau. Sur le ru de Montmirault, il a mis en œuvre, en collaboration avec l’Office National de l’Eau et des Milieux Aquatique (ONEMA), la reconstitution du matelas alluvial par l’injection de matériaux silico-calcaire savamment sélectionnés et mélangés. La mise en œuvre de cette technique avait pour but d’atteindre un bon compromis entre souplesse et stabilité du lit, et d’offrir également un type de substrat optimal pour la reproduction de certains poissons.

Le retour d’expérience sur cette portion de cours d’eau montre que cette technique peu coûteuse est particulièrement efficace, et permet de répondre aux objectifs de renaturation, tant sur le plan écologique qu’hydromorphologique.

Des premières actions sur la moyenne vallée de l’Essonne
Au regard des conclusions de l’étude préalable précédemment évoquée, la Moyenne Vallée de l’Essonne apparaît comme le secteur prioritaire où engager les opérations de renaturation. Il cumule à la fois des obligations réglementaires en matière de continuité écologique, un très fort potentiel de cicatrisation hydromorphologique et des configurations de sites hydrauliques permettant d’envisager des scénarios de renaturation optimaux (suppression des chutes d’eau artificielles, suppression des seuils, voire le cas échéant réhabilitation du fond de vallée).
Entre 2014 et 2016, une étude de faisabilité a été conduite pour développer des scénarios au stade esquisse sur 5 ouvrages successifs : le barrage Trousseau et les moulins Saint-Eloi, Neuf, Grande Roue et Boutigny.
Un important travail de concertation fut conduit durant cette étude, en particulier avec les différentes autorités administratives, le secteur se trouvant non seulement en liste 2 au titre de l’article L214-17 du code de l’environnement (obligation de rétablir la continuité écologique) mais également en site classé au titre du paysage.
Au terme de ce travail, le syndicat a pu disposer pour chaque site hydraulique de scénarios de renaturation développés jusqu’au stade esquisse, prévoyant le démantèlement des équipements et, pour le cas du moulin Neuf et du moulin de Boutigny, la réhabilitation partielle du lit en fond de vallée.

Des potentialités sur la Haute Vallée
En matière de renaturation de cours d’eau, la Haute Vallée de l’Essonne est un secteur particulier du territoire, à plusieurs égards.
Tout d’abord, il concentre de très nombreux enjeux écologiques, tant du point de vue des habitats naturels que des espèces patrimoniales. A titre d’exemple, on y recense la dernière station connue en Ile-de-France d’Utriculaire (une plante aquatique carnivore) et une des deux dernières stations connues d’écrevisse à patte blanche du bassin versant (espèce menacée à l’échelle du territoire national).
Par ailleurs sur le plan hydromorphologique, si la rivière n’a pas échappé à l’artificialisation (dérivation pour alimenter des bras usinier, travaux de curage), plusieurs tronçons présentent des caractéristiques proches d’un état intègre, soit parce qu’ils ont échappé aux aménagements, soit parce qu’ils ont eu la possibilité de se réajuster avec le temps. Ainsi sur la Haute Vallée de l’Essonne, plusieurs tronçons peuvent être pris comme référence en termes d’objectifs de renaturation. C’est le cas par exemple de la noue des Quinselons (fond de vallée au niveau du bief du moulin Beaudon, commune de Boulancourt) ou du bras « sauvage » d’Argeville (fond de vallée au niveau du bief du moulin d’Argeville, communes de Boigneville et Nanteau-sur-Essonne).
Enfin, les ouvrages hydrauliques de la Haute Vallée de l’Essonne présentent des caractéristiques similaires d’un site à l’autre : propriétaires privés et équipements hors d’usage voire vétustes.
C’est pourquoi en 2017, le SIARCE a engagé une étude de faisabilité pour le rétablissement de la continuité écologique sur 6 moulins successifs de la Haute Vallée de l’Essonne : les moulins Beaudon, Touveau, Mirebeau, Roisneau, Argeville et Paillard.
Cette étude a pour vocation d’étudier la faisabilité technique et financière des scénarios retenus lors de l’étude préalable, à savoir sur chacun des sites hydrauliques la suppression des équipements et la réhabilitation du fond de vallée le cas échéants.

Des opportunités sur la Basse Vallée
Si la Basse Vallée de l’Essonne ne figure pour l’instant pas dans les priorités du Syndicat en matière de renaturation, compte-tenu de la complexité des enjeux (sites Natura 2000, problématique bâti dans Corbeil-Essonnes), il y a cependant plusieurs secteurs susceptibles de faire l’objet d’opération de renaturation par opportunité.
A titre d’exemple, dans le cadre du projet de mise en sécurité du site Rodanet porté par l’ADEME, une réflexion est en cours sur la possibilité de renaturer l’Essonne à l’échelle du complexe hydraulique écluse d’Aubin/moulins d’Itteville-Saussaie (commues de Baulne, Itteville et Vert-le-Petit).
De même, sur le secteur du moulin du Gué, une brèche est apparue sur une digue du bras usinier du moulin du Gué (communes de Cerny, La Ferté-Alais et Baulne). Là encore, un travail de concertation est en cours pour décider de l’avenir du site hydraulique, y compris sur les plans écologiques et hydromorphologiques, sachant que le tronçon d’Essonne en amont du bief du moulin du Gué est le plus intègre sur le plan biologique, que le secteur est classé en liste 2 au titre de l’article L214-17 du code de l’environnement, et que la présence du site hydraulique constitue par ailleurs un risque de surinondation dans le secteur contraint qu’est la traversée urbaine de La Ferté-Alais.

Des ouvertures d’ouvrages, en attendant les travaux
La procédure conduisant aux travaux étant souvent longue (du fait de la concertation, de la conception du projet et de l’instruction réglementaire), le Syndicat a pris la décision d’ouvrir les ouvrages hydrauliques lorsque c’était possible.
Ainsi, en 2016, les clapets du moulin de la Grande Roue ont été abaissés, 4 ans après ceux du barrage Trousseau. En 2018, c’était au tour des ouvrages du moulin de Boutigny.
Les suivis réalisés par le syndicat à la suite de ces ouvertures, tant sur le plan hydromorphologique que biologique, ont permis de conforter la démarche, en révélant une nette amélioration des conditions d’habitabilité de la rivière. En conséquence, le retour de plusieurs espèces sur le cours principal de la vallée a pu être observé : renoncule aquatique, éphémère du groupe des Heptageniidae (taxon à forte affinité pour le courant et les substrats minéraux), lamproie de Planer.
A court termes, d’autres ouvrages pourraient être ouverts : moulin Neuf (commune de Maisse), moulin Roijeau (commune de Buno-Bonnevaux).

Retour d’expérience : ce qu’il faut retenir
Depuis 2011, l’expérience accumulée par le Syndicat sur son propre territoire en matière de renaturation permet de tirer plusieurs enseignements :
(1) Si l’on cumule tous les linéaires de cours d’eau où un projet de renaturation est en cours (concertation, étude, travaux), ce sont près de 35 km de cours d’eau cours d’eau qui sont concernés, c’est-à-dire plus de la moitié du linéaire d’Essonne en gestion SIARCE ;
(2) Au-delà des pr
oblèmes de franchissabilité que causent les chutes d’eau artificielles, ce sont les bonnes conditions d’écoulement de l’eau dans le lit mineur qui doivent faire l’objet de toute notre attention. En effet, en redonnant à la rivière de la dynamique, on lui redonne les capacités d’entretenir les habitats aquatiques qui permettent l’expression de sa biodiversité. D’ailleurs, sur les secteurs les plus proches des conditions de fonctionnement naturel de l’Essonne, le Syndicat a pu observer :
-  La présence de la truite fario détectée par des analyses d’ADN environnemental (bief du moulin du Gué) ;
-  Le retour d’éphémères sensibles aux conditions d’écoulement et au désenvasement (heptageneidae), retour observé depuis 2016 sur certains tronçons tels que le bief du moulin de Boutigny, alors que jamais observé avant sur 20 ans de suivi macroinvertébrés dans toute la vallée ;
-  La retour de l’oenanthe des rivières, plante hydrophyte présumée disparue et en cours de recolonisation sur les biefs du moulin du Gué et du moulin de Boutigny ;
-  Le déploiement de vastes massif de renoncule aquatique, absente des relevés et réapparue depuis l’ouverture du barrage Trousseau.

(3) Les crues de moyenne et forte intensité jouent un rôle important dans les processus de cicatrisation de la rivière, notamment parce qu’elles désenvasent le lit et apportent des quantités importantes de matériaux que la rivière va assimiler, trier, transporter, déposer. Ces matériaux sont essentiels dans la formation des habitats aquatiques. On peut voir les crues comme de gros catalyseurs des processus de cicatrisation hydromorphologiques.

(4) Les étiages sévères des années 90 ont eu un effet dévastateur sur la composition biologique de la rivière (exemple : disparition du vairon sur l’amont du bassin versant) et soulignent la nécessité de rétablir les axes de circulation biologique pour améliorer la résilience des écosystèmes. Durant les périodes d’extrêmes hydrologiques, les espèces ont besoin de circuler le long des axes longitudinaux (amont  aval) et transversaux (lit mineur  lit majeur) pour trouver refuge.

(5) L’érosion en soi n’est pas un problème. Associée aux processus de dépôts qui s’expriment par ailleurs, l’érosion observable dans un cours d’eau traduit l’expression de processus tendant vers un équilibre dynamique. C’est quand il y a déséquilibre dans le couple érosion/dépôt qu’il faut s’inquiéter. Dans le cas de la rivière Essonne, les processus de stabilisation s’expriment davantage que les processus d’érosion et causent un déséquilibre. Il est nécessaire de remettre en question la vision « classique » des berges hyperstabilisées, ainsi que l’entretien pratiqué qui vise à lutter systématiquement contre l’érosion. L’érosion d’une berge est un moyen pour la rivière de récolter les matériaux sédimentaire dont elle a besoin pour trouver l’équilibre de la morphologie de son lit. L’empêcher de mettre en place ce processus, c’est s’exposer à des symptômes de déséquilibre (ex : incision verticale du lit).

(6) Les embâcles jouent un rôle essentiel dans les processus de cicatrisation hydromorphologique et dans la diversification des habitats aquatiques. Pour ces raisons, lorsqu’ils ne constituent pas une menace par ailleurs (risque d’obstruction, risque d’altération d’un ouvrage), il convient de les maintenir.

(7) Le rôle des élus est essentiel pour amener les usagers et riverains à percevoir les bénéfices à moyen et long termes de telles opérations.

La question de la renaturation des cours d’eau vis-à-vis des autres enjeux
La renaturation d’un cours d’eau entraîne parfois des changements importants du lit de la rivière, qui ont des incidences plus ou moins directes sur d’autres enjeux.
Le paysage peut être ponctuellement modifié. Avec la renaturation d’un cours d’eau, l’aspect « maîtrisé » de la rivière, qui peut renvoyer à certains traits propres aux canaux, laisse place à un aspect plus « naturel ». Cette évolution se traduit par de la variabilité, notamment saisonnière : la couleur de l’eau, les niveaux, les sinuosités varient en fonction du rythme hydrologique (hautes eaux, basses eaux). Par ailleurs, certains ouvrages liés à la rivière « maîtrisée », tels que les lavoirs, peuvent se retrouver déconnectés. Il y a dans ce cas un travail d’accompagnement à réaliser pour conserver la mémoire et la lecture des lieux. De manière générale, les échanges menés avec les autorités paysagères montrent que la démarche de renaturation de la rivière contribue à renforcer l’identité paysagère de la vallée de l’Essonne, mais qu’il faut être néanmoins vigilant à bien accompagner les sites hydrauliques d’intérêt patrimonial, pour les préserver malgré la suppression éventuelle de leur alimentation en eau.

Certaines activités liées à la rivière, telles que la pêche peuvent également être perturbées par la renaturation des cours d’eau. En effet, les changements induits dans les écoulements et la morphologie du lit mineur de la rivière ne permettent pas toujours le maintien de l’activité telle qu’elle était pratiquée. Par exemple, en amont des moulins, dans la zone de retenue d’eau, les conditions se prêtent à une pêche similaire à celle pratiquée en étang : eau peu courante, voire stagnante, profondeur relativement homogène, absence de végétation, fonds envasés.

Le rétablissement de conditions d’eau courante entraîne un abaissement moyen de la ligne d’eau, stimule la croissance de la végétation aquatique qui a de nouveau accès à la lumière et réactive une dynamique hydromorphologique qui tend à créer une alternance de mouilles (zones profondes) et de radiers (zones peu profondes). Dans ces conditions, certaines techniques de pêche qui se prêtaient bien aux conditions initiales ne sont plus adaptées. Néanmoins, la pratique de la pêche est globalement gagnante, étant donné que les suivis piscicoles ont montré d’une part une diversification du cortège piscicole et d’autre part une augmentation de la biomasse du fait de la restauration des habitats favorables aux poissons (zones de croissance, zonez de refuge, zones de reproduction, zones d’alimentation, etc.).
La vallée de l’Essonne est tapissée de zones humides (plus de 2000 ha, rien que sur le territoire du SIARCE). L’eau qui alimente ces milieux a trois origines : les nappes phréatiques, les précipitations locales et la rivière. Dans certains cas, l’abaissement moyen de la ligne d’eau consécutif à une opération de renaturation (ex : suppression d’un seuil en rivière) peut modifier substantiellement les modalités d’alimentation d’une zone humide. Dans le cas de la vallée de l’Essonne, c’est particulièrement la basse vallée (depuis la Ferté-Alais jusqu’à la confluence avec la Seine) qui est concernée : de nombreuses annexes hydrauliques (noues, marais, plan d’eau) sont en effet alimentés par surverse depuis la rivière où les niveaux sont régulés à une cote artificiellement haute. Il est évident que des changements trop brutaux sur ce type de milieu naturel, où les équilibres actuels sont établis depuis longtemps, auraient des impacts écologiques négatifs non souhaitables. Néanmoins, il ne fait aucun doute qu’une renaturation de ces secteurs, incluant une réhabilitation des fonctionnalités du lit majeur (ex : débordements en hautes eaux), bénéficierait grandement aux zones humides qui s’y trouvent.

Enfin, en matière de risque inondation, il ne faut pas se méprendre sur le rôle des ouvrages hydrauliques en cas de crue. Les ouvrages en lit mineur, tels que les clapets et vannes de moulins ne contribuent en rien à atténuer l’intensité d’une crue. Au contraire, ils contribuent localement à surinonder des secteurs souvent vulnérables vis-à-vis de l’inondation. Pour cette raison, ils sont rendus le plus transparent possible au passage d’une onde de crue, par l’ouverture complète des vannes et l’abaissement total des clapets. De plus, la renaturation conduit à ce que le lit de la rivière retrouve des caractéristiques qui optimisent les effets de laminage (ralentissement de l’onde de crue) et à répartir de manière plus homogène les débordements. Autrement dit, la renaturation contribue à ralentir les écoulements et à mieux solliciter les champs naturels d’expansion de crue qui se trouvent en lit majeur (les zones humides).

Proposition de stratégie du SIARCE pour les années à venir
La stratégie du Syndicat en matière de renaturation des cours d’eau, pour les années à venir, peut être déclinée en six points :

(1) Agir en priorité sur la Haute et la Moyenne vallée de l’Essonne pour la mise en œuvre de scénarios optimaux (suppression d’ouvrages, voire réhabilitation du fond de vallée). Sur les ouvrages où le SIARCE n’est pas propriétaire des ouvrages, il pourra accompagner les propriétaires ou se voir déléguer la maîtrise d’ouvrage ;

(2) Avoir une démarche opportuniste sur la Basse Vallée, en étudiant et en mettant en œuvre autant que faire se peut des opérations de renaturation, à la faveur de l’émergence de projets nécessitant d’intervenir sur la rivière ;

(3) Engager une opération de renaturation complète des rus de Cerny et Montmirault (commune de Cerny) et du ru de Pontault (commune Le Malesherbois) pour répondre à des objectifs de conservation d’espèces patrimoniales de la vallée (Truite fario et écrevisse à pattes blanches), ces rus ayant vocation à jouer le rôle de réservoir écologique ;

(4) Communiquer et sensibiliser les acteurs locaux, élus, riverains, usagers, aux enjeux de la renaturation de la vallée, au travers de plaquettes, journées techniques et réunions publiques ;

(5) Adapter les pratiques d’entretien, notamment en ce qui concerne le faucardage et les embâcles, en prenant mieux en compte le rôle des arbres tombés dans l’eau et la végétation aquatique dans les bienfaits qu’ils apportent à la dynamique hydromorphologique et à l’état écologique de la rivière d’une manière générale ;

(6) Renaturer les berges sur les secteurs où elles ont été inutilement artificialisées, ou ont fait l’objet de travaux de stabilisation inadaptés.

Il est, par conséquent, proposé au Comité syndical :

De prendre acte du bilan et du retour d’expérience du SIARCE en matière de renaturation de cours d’eau en vallée de l’Essonne sur la période 2011-2019,

D’approuver la stratégie proposée.

Documents disponibles dans la rubrique documents à télécharger 2020

* Annexe schéma renaturation historique
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