Le SIARCE

Paysage et patrimoine de la vallée de l’Essonne

En amont, entre Malesherbes et la Ferté-Alais, l’Essonne dessine une vallée étroite, flanquée de versants abrupts mobilisés par des couvertures végétales homogènes composées principalement de futaie de résineux mélangés à des bouleaux sur les secteurs les plus gréseux.

Le caractère pittoresque de la vallée, la diversité des sites locaux rencontrés, le débit d’étiage soutenu par les sources qui s’échelonnent d’amont en aval de cette séquence de l’Essonne, indiquent une potentialité d’utilisation de la rivière à des fins nautiques (canoë) sur la période estivale dont la base de loisirs de Buthiers (Malesherbes) pourrait s’enrichir et la Ferté-Alais, en aval constituer le vivier touristique.

La dominante sempervirente de la couverture végétale des territoires de la moyenne vallée confère a ses paysages, enrichis par les variations de textures de la ripisylve bien développée (protégée qu’elle est par les versants est et ouest et puisant directement dans les couches hydromorphes limoneuses, les éléments nécessaires à son développement), ainsi que par les roselières des marais de Buno-Bonnevaux, des aspects agrestes auxquels contribuent largement les blocs et chaos gréseux qui sont essemés sur les flancs et bordent le piémont des versants de la vallée.

Ces éléments établissent à eux seuls une structure d’ensemble qui est reconnaissable et lisible sur le plan des paysages visuels et créent des biotopes originaux d’une grande richesse.

L’exploitation (au centre de cette séquence à Maisse et ses environs) des sables s’inscrivant, en amont de l’agglomération, sur un site « desserré » sur le plan du relief pourrait conduire à réaliser un ouvrage de rétention capable par sa situation et les caractéristiques sitologiques environnantes de permettre la réalisation d’un ensemble de nautisme (baignade, canotage, etc...) qui grâce à la qualité des eaux et du site favoriserait l’émergence d’un pôle touristique majeur au coeur de la vallée et du parc régional du Gatinais.

L’utilisation estivale de ces sites rendrait compatible les projets d’aménagement hydraulique et de protection environnementale des sites remarquables de la vallée de l’Essonne sur une section et un espace calendaire propices à une gestion complémentaire entre les intérêts apparemment divergents des acteurs (usagers, propriétaires, gestionnaires institutionnels) responsables de la revitalisation du cours d’eau et de son milieu.

Entre la Ferté-Alais et Corbeil-Essonnes, le site constitue l’aire d’expansion du lit de l’Essonne, qui, à la rencontre des reliefs vallonnés de la vallée de la Seine, étale son lit dans un territoire au relief concave délimité par des versants aux pentes faibles, avant de s’insinuer entre le butoir calcaire de Pressoir prompt et les talus glaiseux du cirque de l’Essonne, pour trouver son exutoire en Seine en suivant la dépression formée par la corniche et les pentes des Tarterêts.

Cette configuration a produit un paysage complexe dans la vallée où l’Essonne, dont le lit élargi et ralenti a formé un site d’accumulation des eaux, que l’exploitation humaine a artificialisé. Les délaissés d’exploitation des gisement fossiles (tourbes notamment) ont relevé les eaux du lit mineur, multipliant les surfaces d’eaux calmes jusqu’au site d’Ormoy-Villabé, avant de buter sur le talus de l’autoroute A6 qui ferme la vallée au nord, créant une zone d’accumulation où se sont développés des secteurs de marais remarquables recouvrant le site des Rayères.

Les coteaux est de la vallée, exposés au couchant et de pente faible, ont très tôt constitué les sites d’urbanisation qui, depuis la vallée de la Seine, se sont étendus vers le sud. Ces coteaux urbanisés, ont produit des territoires où la vallée de l’Essonne a été transformée en territoires lacustres.

L’Essonne serpente entre une mosaïque de plans d’eau alternés, quelques fois enserrés entre ses bras. L’ensemble, qui s’étend sur près de 7 kilomètres, représente un paysage entièrement végétalisé, soit par des bandes boisées de ripisylves qui recouvrent les berges de manière indifférenciée, à l’exception des secteurs où elle s’intègre dans des ensembles végétaux plus structurés, comme à Mennecy et à Fontenay le Vicomte, où les parcs forestiers de leurs deux châteaux viennent se baigner rive droite, de même qu’à la rencontre du château d’Echarcon, rive gauche.

Les coteaux ouest ont conservé une structure paysagée plus ouverte : le paysage rural domine l’espace et les localités urbanisées sont restées centrées sur l’organisation primaire des bourgs de Vert Je Grand, Vert le Petit et Echarcon implantés à mi-coteaux.

Le site de la confluence entre la Juine et l’Essonne constitue une exception à cette organisation : l’embouchure de la Juine est entièrement enclavée dans le périmètre du Bouchet (périmètre SEVESO) incluant des installations chimiques et de recherches associées.

L’urbanisation de Ballancourt a débordé la voie ferrée et entre en contact direct avec l’Essonne et ses sites lacustres.

De même sur le domaine de la commune d’Itteville, le lotissement résidentiel de l’Épine crée, une entité urbanisée reliée aux bords de Juine, rive droite et contiguë au site industriel et de recherche du Bouchet qui lui est juxtaposé par l’est, rive gauche.

L’approche sensible des paysages saisonniers de cette section de l’Essonne est rendue plus nécessaire encore que pour les deux unités de sites précédentes, par sa situation en bordure du plateau urbanisé et ses coteaux qui regroupent une population captive des territoires urbains de 100 000 habitants environ.

La morphologie des territoires lacustres qui délimite les plans d’eau et encadre les rives de l’Essonne est de nature suffisamment diversifiée pour rendre visible et palpable les paysages saisonniers où lumière et nébulosité, ombres et miroirs d’eau, eaux courantes et nappes stagnantes sont autant d’éléments qui amplifieront les caractéristiques du paysage climatique : brumes, miroirs réfléchissants, effets chromatiques mouvants au printemps, atmosphère rafraîchissante, ombrages recherchés en été, mouvement des couleurs végétales, flamboiements de l’automne, calme des ciels réfléchis et marais givrés en hiver.

Enfin, la séquence urbaine de l’Essonne comprise en Pressoir prompt et la Seine implique une approche nettement orientée vers la réconciliation de la rivière avec la ville.

Le caractère privé de son parcours urbain, confiscatoire de son cadre paysager et de ses berges, nécessite une refondation des conventions d’usage qui régissent à ce jour les droits des riverains et les relations d’usage de l’Essonne avec le droit des sols établi au titre du plan d’occupation des sols, qui pourraient tirer leur essence d’un projet directeur de valorisation de l’Essonne à Corbeil-Essonnes.

La morphologie de l’Essonne dans son embouchure, confisquée par les grands moulins de Corbeil, a conduit à une simplification de son réseau hydrographique par suppression du bras gauche et canalisation d’une partie de son cours en amont de Chantemerle.

L’Essonne urbaine se prolonge en amont dans un site encaissé entre le cirque de l’Essonne rive gauche, qui se raidit vers le sud sur les escarpements du site urbanisé de Villabé, auquel font face rive droite, les coteaux urbanisés du promontoire de Pressoir prompt.

La rivière, après avoir réussi à trouver un passage en creusant le socle calcaire de ces reliefs qui structurent séparent et relient la vallée de la Seine et délimitent ses relations avec la vallée de l’Essonne, s’est retrouvée enfermée entre les bras de deux voies ferrées qui l’enserre dans un espace restreint.

Dans ce cadre des fabriques papetières d’Essonne se sont développées, des quartiers résidentiels denses sont implantés sur sa rive droite et des équipements collectifs rejoignent le site papetier sur sa rive gauche. Ce site très structuré reste toutefois, pour la rivière Essonne, plus prégnant sur le plan paysager que sa partie urbaine.

Le cirque de l’Essonne qui domine sa rive gauche apparaît nettement fondateur de la trame verte urbaine et mériterait à ce titre, une structuration paysagère durable.